Retraite des frontaliers France-Luxembourg : vos droits dans les deux pays
Une carrière entre la France et le Luxembourg, c'est deux retraites. Prenons-les une par une, avec le texte officiel à chaque étape.
Vous vivez en France et vous avez travaillé, ou travaillez encore, au Luxembourg ? Vos années luxembourgeoises comptent pour votre retraite. Cette page explique les règles générales, avec le texte officiel à chaque étape.
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Information générale, pas un conseil personnalisé. Seuls les organismes officiels peuvent calculer vos droits : la CNAP au Luxembourg, votre caisse de retraite en France (compte retraite sur info-retraite.fr) et, pour l'impôt, votre service des impôts.
Une carrière entre la France et le Luxembourg : deux pensions, pas une
Règle officielleLes règlements européens (CE) n° 883/2004 et n° 987/2009 coordonnent les régimes de retraite des pays ; ils ne les remplacent pas. Chaque pays où vous avez été assuré garde votre dossier jusqu'à l'âge de la retraite : les cotisations ne sont pas transférées d'un pays à l'autre. Chaque pays vous verse sa propre pension, selon ses propres règles. (source : CNAP, consulté le 28/10/2026)
Règle officielleTotalisation : pour savoir si vous avez droit à une pension, chaque pays tient compte aussi des périodes accomplies dans les autres pays de l'Union européenne.
Proratisation : chaque pays calcule une pension « théorique », comme si toute votre carrière s'était faite chez lui, puis n'en verse que la part qui correspond à vos périodes chez lui. Il la compare à la pension calculée sur ses seules périodes (pension « nationale ») et verse le montant le plus élevé.
Pour une pension luxembourgeoise, il faut au moins un an d'assurance au Luxembourg et au moins dix ans au total, en additionnant les périodes accomplies dans l'Union européenne. Avec moins d'un an au Luxembourg, pas de pension luxembourgeoise : ces mois sont pris en compte par l'autre pays.
Les âges de départ restent nationaux : chaque pension commence quand vous remplissez l'âge et les conditions du pays concerné. Vous pouvez aussi demander qu'un pays reporte le versement de sa pension. (source : Guichet.lu ; CNAP ; CLEISS, consulté le 28/10/2026)
Notre explicationVos années au Luxembourg ne sont pas « perdues » si vous revenez travailler en France : elles comptent pour vos droits des deux côtés, et la CNAP en tient compte pour votre pension luxembourgeoise (à partir d'un an). Vous recevrez une pension de chaque pays, parfois à des dates différentes. Nous ne pouvons pas estimer ces montants.
Côté Luxembourg : la pension de vieillesse de la CNAP
À 65 ans
Règle officielleLa pension de vieillesse est accordée à partir de 65 ans, avec un stage de 120 mois (10 ans) de périodes d'assurance obligatoire, d'assurance continuée, d'assurance facultative ou d'achat rétroactif. Ces 10 ans peuvent comprendre des périodes accomplies dans d'autres pays. La pension n'est pas automatique : il faut la demander. Travailler après le début de cette pension n'a pas d'effet sur elle. (source : CNAP ; CNAP, questions fréquentes, consulté le 28/10/2026)
Avant 65 ans : la pension anticipée (57 ou 60 ans)
Règle officielle
Dès 57 ans : 480 mois (40 ans) de périodes d'assurance obligatoire.
Dès 60 ans : 480 mois de périodes d'assurance obligatoire, continuée, facultative, d'achat rétroactif et de périodes complémentaires (par exemple certaines études ou l'éducation d'enfants), dont au moins 120 mois d'assurance obligatoire, continuée, facultative ou d'achat rétroactif.
Ces durées peuvent comprendre des périodes accomplies dans différents pays.
Nouveau depuis le 1er juillet 2026, pour le départ à 60 ans : les 480 mois sont prolongés de mois de cotisation (assurance obligatoire ou volontaire), selon la date à laquelle vous atteignez à la fois 60 ans et 480 mois. Ces mois en plus doivent être accomplis après cette date.
Vous atteignez 60 ans et 480 mois à partir du
Mois en plus
1er juillet 2026
+ 1 mois
1er janvier 2027
+ 2 mois
1er janvier 2028
+ 4 mois
1er janvier 2029
+ 6 mois
1er janvier 2030
+ 8 mois
Cette prolongation ne s'applique pas à la pension dès 57 ans, à la pension à 65 ans, aux pensions déjà versées, à l'assuré qui a 40 années d'assurance obligatoire, ni au départ après une préretraite des salariés postés ou de nuit ou une préretraite-ajustement. Si vous continuez à travailler en touchant une pension anticipée, elle peut être réduite, voire retirée, selon vos revenus. (source : CNAP ; CNAP, questions fréquentes ; CNAP, actualité 2026, consulté le 28/10/2026)
Notre explicationExemple : vous atteignez 60 ans et vos 480 mois en mars 2028. Il vous faut alors 4 mois de cotisation en plus, accomplis après cette date, soit 484 mois au total. Ce calcul est le nôtre, à partir du tableau officiel : seule la CNAP valide votre date de départ.
Comment le montant est calculé (dans les grandes lignes)
Règle officielleLe même calcul sert pour la pension à 65 ans et la pension anticipée. La pension additionne deux parts :
les majorations forfaitaires, selon la durée d'assurance (périodes complémentaires comprises) : un quarantième par année, 40 années au plus. Pour 40 années, elles valent 678,71 € brut par mois pour une pension qui commence en 2026 (paramètres au 1er juin 2026) ;
les majorations proportionnelles, selon les revenus cotisables de toute la carrière (revalorisés), multipliés par un taux : 1,763 % pour un début de pension en 2026, augmenté si votre âge et vos années d'assurance obligatoire dépassent un seuil, sans pouvoir dépasser 2,05 %.
Pension minimum pour 40 années d'assurance : 2 436,04 € brut par mois au 1er juin 2026, réduite d'un quarantième par année manquante, à condition d'avoir au moins 20 années. Pension personnelle maximum : 11 277,94 € brut par mois. (source : CNAP ; IGSS, consulté le 28/10/2026)
Notre explicationPour un frontalier, la CNAP applique ensuite la proratisation européenne : on ne peut pas multiplier vos années par un montant fixe. Ne comptez pas sur la pension minimum sans confirmation écrite de la CNAP : avec une carrière dans deux pays, tout dépend de votre situation.
Côté France : âge légal et trimestres (situation au 28 octobre 2026)
Règle officielleLa loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) suspend le relèvement de l'âge légal et de la durée d'assurance prévus par la réforme de 2023. Pour une retraite qui prend effet à partir du 1er septembre 2026 :
Vous êtes né(e)
Âge légal
Trimestres pour le taux plein
du 1er janvier 1963 au 31 mars 1965
62 ans et 9 mois
170
du 1er avril au 31 décembre 1965
63 ans
171
en 1966
63 ans et 3 mois
172
en 1967
63 ans et 6 mois
172
en 1968
63 ans et 9 mois
172
à partir du 1er janvier 1969
64 ans
172
À 67 ans, le taux plein est accordé quel que soit le nombre de trimestres. Les carrières longues (début d'activité avant 21 ans) ont des règles à part.
Pour le taux de votre retraite française, les périodes accomplies au Luxembourg comptent aussi (totalisation) ; la pension française reste calculée au prorata de vos périodes françaises. (source : Service-public.fr ; Service-public.fr ; CLEISS, consulté le 28/10/2026)
À surveiller : selon Service-public.fr, cette suspension vaut jusqu'en 2028. Au 28 octobre 2026, le budget de la sécurité sociale pour 2027 est en cours d'examen au Parlement (rejeté par l'Assemblée nationale en première lecture le 23 octobre 2026). Ces chiffres peuvent encore changer : vérifiez sur service-public.fr ou info-retraite.fr avant de décider de votre date de départ. (source : Service-public.fr ; Assemblée nationale, consulté le 28/10/2026)
Le baby year : l'éducation d'un enfant comptée au Luxembourg
Règle officielleLe baby year est une période d'assurance de 24 mois (48 mois dans certains cas, par exemple si vous élevez déjà au moins 2 autres enfants au foyer à la naissance) inscrite, sur demande, dans la carrière luxembourgeoise du parent qui s'est consacré à l'éducation d'un enfant. Il faut 12 mois d'assurance obligatoire dans les 36 mois avant la naissance ou l'adoption, mois cotisés en France compris. Un frontalier qui vit en France peut y avoir droit s'il a travaillé au Luxembourg pendant la période ; sinon, seulement s'il y travaillait juste avant la naissance et si son pays de résidence ne prend pas en compte de périodes d'éducation d'enfants. (source : CNAP ; Guichet.lu ; CNAP, questions fréquentes, consulté le 28/10/2026)
Tout le détail (cas des frontaliers, partage entre parents, délais, formulaire, forfait d'éducation, pièges) : notre page sur le baby year.
L'impôt sur la pension luxembourgeoise
Règle officielleUne pension de la sécurité sociale luxembourgeoise (CNAP) n'est imposable qu'au Luxembourg, même si vous vivez en France (convention du 20 mars 2018, article 17, paragraphe 2). Elle doit quand même être déclarée en France, où elle ouvre droit à un crédit d'impôt égal à l'impôt français correspondant. (source : Convention fiscale France-Luxembourg du 20 mars 2018 ; Brochure pratique IR 2026, consulté le 28/10/2026)
Règle officielleUne seule demande suffit pour tous les pays de l'Union européenne où vous avez été assuré. Vous la déposez auprès de l'organisme de votre pays de résidence, qui devient l'« organisme de contact » et la transmet aux autres pays. Si vous avez travaillé en dernier lieu au Luxembourg, vous pouvez la déposer au Luxembourg ou dans votre pays de résidence.
Si vous résidez en France : adressez-vous à la caisse régionale (Carsat) de votre lieu de résidence pour obtenir le formulaire adapté ; elle transmet votre demande aux caisses des pays où vous avez travaillé. Une fois toutes les décisions prises, l'organisme de contact vous envoie un récapitulatif de ce que chaque pays vous accorde (document P1).
Délais : l'Assurance retraite conseille de contacter la caisse 5 mois avant la date de départ choisie. Guichet.lu conseille, pour une carrière au Luxembourg et dans d'autres pays, de déposer la demande au moins 6 mois avant. Pour une pension anticipée à 60 ans, la CNAP recommande de faire la demande 8 à 9 mois avant le départ prévu. L'instruction peut prendre de quelques semaines à plusieurs mois si des recherches à l'étranger sont nécessaires. Rien n'est automatique : sans demande, pas de pension. (source : Guichet.lu ; L'Assurance retraite ; CLEISS ; CNAP, actualité 2026, consulté le 28/10/2026)
Notre conseilLes délais conseillés diffèrent : prenez de l'avance et contactez votre Carsat environ 9 mois avant la première date qui vous intéresse, surtout pour un départ anticipé au Luxembourg.
Préparer dès maintenant
Consultez votre relevé de carrière français dans votre compte retraite sur info-retraite.fr ; à partir de 55 ans, vous pouvez demander à corriger une erreur. Déclarez-y aussi vos enfants. (source : Service-public.fr, consulté le 28/10/2026)
Vérifiez chaque année votre extrait de carrière luxembourgeois, envoyé aux assurés qui ont cotisé au Luxembourg l'année précédente. Dès 56 ans, avec au moins 120 mois d'assurance, il donne un montant estimatif, calculé sur les seules périodes luxembourgeoises ; les périodes complémentaires (études, enfants…) n'y figurent pas. (source : Guichet.lu ; CNAP, consulté le 28/10/2026)
Simulateurs et estimations officiels : « Mon estimation retraite » dans votre compte retraite, un entretien information retraite à partir de 45 ans, et l'estimation détaillée de la CNAP (MyGuichet.lu ou courrier), à demander à partir de 56 ans. (source : Service-public.fr ; Guichet.lu, consulté le 28/10/2026)
Gardez fiches de salaire, contrats, certificats de travail et justificatifs d'études des deux pays : ils servent quand une période manque.
Questions fréquentes
Est-ce que je perds mes cotisations luxembourgeoises si je ne travaille plus au Luxembourg ?
Non. Les périodes restent inscrites dans votre dossier au Luxembourg jusqu'à la retraite, et la CNAP en tiendra compte pour votre pension luxembourgeoise si vous y avez été assuré au moins un an. En dessous d'un an, ces mois sont pris en compte par l'autre pays. (source : CNAP ; Guichet.lu, consulté le 28/10/2026)
Ce que ce guide ne couvre pasCe guide ne traite pas des pensions d'invalidité et de survie, des fonctionnaires et régimes spéciaux, des carrières hors Union européenne, de l'achat rétroactif ni de l'assurance continuée ou facultative. Il ne calcule aucun montant de pension.
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